Le regard d’un philosophe

Le 1er mars s’est tenue une séance solennelle à l’institut de France intitulée « Les nouveaux défis de l’éducation ». C’est à cette occasion que Michel Serres, philosophe et historien des sciences a prononcé un discours passionnant mettant en perspective les évolutions de l’apprentissage depuis l’invention de la pédagogie par les Grecs jusqu’au m-Learning.

Voici un extrait de son discours, où il évoque la relation entre l’apprentissage et le support d’apprentissage pour les générations nées avec les technologies numériques :

« Ces enfants habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête.

(…) Ne dites surtout pas que l’élève manque des fonctions cognitives qui permettent d’assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support et par lui. Par l’écriture et l’imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. »

Lire le discours complet

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